Doggy Bags, carton plein

Doggy Bags, fin de partie : « Ultime Tome », annonce en façade le treizième – et dernier, donc – volume publié du titre. Mais une fausse sortie heureusement, puisque la vitalité et l’esprit du projet sont appelés à se perpétuer prochainement sous d’autres incarnations (des volumes thématiques d’une part, des one shot d’autre part), dixit son fondateur Run dans un petit mot de conclusion qui sonne déjà comme un rendez-vous. L’occasion d’un hommage mérité à cette revue singulière, port d’attache et emblème fédérateur de l’une des tribus les plus talentueuses de la bande dessinée francophone de nouvelle génération.

Un semblant de paradoxe d’ailleurs que ce sourcing francophone affirmé (exception faite de quelques signatures exotiques comme Atsushi Kaneko, c’est en effet le profil de la majeure partie des contributeurs), tant les références et l’inspiration de Doggy Bags puisent à des racines presque exclusivement anglo-saxonnes. La faute à la mondialisation, bien sûr, et c’est là que le paradoxe n’est qu’apparent : quand on a, comme tous les participants à ce collectif survitaminé, abreuvé son imaginaire de séries B, de films d’exploitation et d’esprit pulp – autrement dit un concentré d’Amérique brute –, comment n’aurait-on pas envie à son tour d’en perpétuer l’esprit comme la lettre, même depuis Valenciennes (Nord), Remiremont (Vosges) ou La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir) ?

Une célébration du pulp qu’on pourrait aussi, si l’appellation n’était déjà utilisée par d’autres, traduire par « mauvais genre » : dans un climat d’outrance plutôt jubilatoire, bienvenue dans un carnaval de flingues, aventures horrifiques constructions psychotiques et tueries (dans tous les sens du terme) au kilomètre. L’histoire centrale de cet ultime numéro, Times Scare, ou comment un flic armé pète les plombs dans l’enceinte la plus densément touristique des Etats-Unis, pourrait à elle seule servir d’emblème à tout le projet, comme pour mieux, ainsi que l’écrit Run à ses lecteurs dans son édito de remerciements, « partager avec vous des sujets qui nous fascinent, nous révoltent ou nous interrogent. ».

Au fil de sept années de création trépidante et mouvementée, une cinquantaine de contributeurs de tous horizons auront apporté leur touche personnelle au projet Doggy Bags. Outre Run, évidemment incontournable, on mentionnera entre autres le talent de Guillaume Singelin, naguère repéré dès ses premiers pas chez KSTR (King David puis Pills, sur des scénarios d’Antoine Ozanam) et depuis légitimement consacré avec la remarquable série The Grocery scénarisée par Aurélien Ducoudray (Ankama), l’excellent Florent Maudoux ou encore Mathieu Bablet, dont je vous recommandais récemment le très riche Shangri-La (l’un et l’autre publiés chez le même éditeur).

Et une mention spéciale bien sûr au travail d’édition de la revue, qui sans rien sacrifier de son accessibilité multiplie les raisons d’adhérer au projet Doggy Bags : posters, stickers et bonus divers, pour ne rien dire de l’excellente maquette et de couvertures qu’on n’oublie pas, à l’image de la somptueuse illustration réalisée pour ce dernier numéro par Shane Pierce.

Quand vous voulez pour continuer, buddies.

Doggybags n°13 (éditions Ankama, 144 pages, 13,90€)

Et pour se rafraichir la mémoire, le rappel de la couverture inspirée de Doggy Bags n°1, qui affichait déjà au sommaire ses trois plus fines gachettes : Run, Singelin, Maudoux.

Nicolas Finet

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