Jean-Paul Mougin (13 juillet 1941 – 13 septembre 2011)

Il y a 10 ans, le 13 septembre 2011, disparaissait à l’âge de 70 ans mon très cher et très estimé Jean-Paul Mougin, qui fut avec quelques comparses décisifs (Didier Platteau, Louis Gérard, Bernard Ciccolini, Anne Porot, Joëlle Faure, entre autres) le créateur inspiré du mensuel (À Suivre), merveilleux magazine où j’ai eu entre autres médias le bonheur d’officier durant une douzaine d’années jusqu’à sa fermeture, fin 1997. Conséquemment, Jean-Paul devenait ainsi, et je regrette qu’on ne l’ait pas suffisamment relevé dans les histoires récentes de la bande dessinée contemporaine que j’ai pu consulter ici ou là, l’un des principaux inspirateurs de ce qu’on n’appelait pas encore le roman graphique. Avec le délicieux Guy Vidal chez Dargaud (autre grand fumeur trop tôt parti et que j’ai connu aussi, quoique beaucoup plus brièvement) et l’incroyable Jean-Pierre Dionnet aux Humanoïdes Associés, Jean-Paul fut l’un des trois éditeurs de très haut vol des années 70-80, période devenue mythique aujourd’hui de l’essor de la bande dessinée adulte, d’une exceptionnelle fécondité.

J’aimerais qu’on s’en souvienne encore un peu.

Pas comme les actuels propriétaires de la maison Casterman, qui n’eurent même pas, j’allais dire l’élégance, mais ce n’est pas le mot juste, il faut plutôt écrire la décence de rendre à Jean-Paul l’hommage qui lui était pourtant dû lors d’une exposition anniversaire des 40 ans d’(À Suivre) en juin 2018, et d’où sa mémoire s’était évaporée – seul le toujours fidèle Louis Gérard, merci à lui, s’en était offusqué. Notons, ceci explique peut-être cela (de fait il n’est jamais plaisant de se voir rappeler le talent des autres, quand on en est soi-même si peu pourvu), qu’entre le catalogue extraordinaire qu’avait construit Jean-Paul au fil de son parcours et ce qu’il est devenu ces dernières années, la comparaison est cruelle.

 

Jean-Paul Mougin m’a commandé mes deux premières chroniques à la fin de l’été 1986 et elles ont paru fin septembre dans le numéro 105 d’(À Suivre) daté d’octobre. Jean Teulé y amorçait une collaboration qui s’avèrerait fructueuse et la couverture était consacrée aux débuts du Grand pouvoir du Schninkel de Rosinski et Van Hamme, à mes yeux l’un des archétypes de ce que Jean-Paul savait le mieux faire : installer les auteurs dans un état d’esprit tel qu’ils auraient à cœur de donner le meilleur de leur potentiel. J’arrivais presque directement des Nouvelles littéraires qui venait de fermer boutique, où je traitais de bande dessinée et de science-fiction, et le seul des deux papiers dont je me souvienne vraiment était un article sur un album de Silvio Cadelo, auteur de talent recruté par la suite chez Casterman, mais qui n’y a jamais fait la carrière espérée. Je me souviens parfaitement en revanche de l’entente immédiate et spontanée qui s’était installée entre Jean-Paul et moi. Une estime, une forme de connivence. Pairs en journalisme, nous nous étions immédiatement retrouvés autour des réflexes et des références alors en usage dans cette profession – et de quelques autres bricoles, le surréalisme, la musique (même si nous n’écoutions pas la même), qui font les complicités durables. Je ne suis pas certain de le lui avoir jamais dit – je suis timide et pudique, comme lui-même l’était –, mais avec le temps, la maturité, allez savoir de quelle manière ces choses-là s’installent, j’avais fini par le considérer comme l’un des mes mentors.

Dix ans après son départ, il ne se passe sans doute pas une semaine sans que je pense avec affection à Jean-Paul Mougin, comparse en journalisme et en bande dessinée que j’ai beaucoup aimé et auprès de qui j’ai beaucoup appris. Gratitude. Merci d’avoir été là.