Crépuscule à Hong Kong

Je n’ai pas tellement pour habitude de mettre en avant, dans ces pages, les livres et les auteurs dont je suis l’éditeur.

Mais, une fois n’est pas coutume, je ferai une exception pour Kwong-shing Lau, dont l’album Hong Kong cité déchue vient de paraître, cette fin octobre 2021, chez Rue de l’échiquier BD.

 

Ce que je vous propose ci-après n’est pas, me semble-t-il, un simple exercice de promotion. Je le vois bien davantage comme une mesure de salubrité publique. Une urgence vitale.

Moi qui fréquente d’assez près, depuis maintenant plus de trois décennies, le monde chinois, je n’y avais encore jamais croisé d’auteur de bande dessinée qui ose traiter de manière aussi frontale, aussi radicale, la question politique centrale qui se pose à cette partie du monde : la dictature, le totalitarisme – et comment les combattre.

Ou, si vous préférez – mais on parle bien entendu des deux faces d’un même phénomène : la question de la liberté.

 

Kwong-shing Lau le fait avec une énergie, une conviction et une justesse d’analyse qui impressionnent, surtout chez un auteur aussi jeune – il n’a guère plus de trente ans.

Lui-même confronté très tôt aux conséquences funestes du nationalisme chinois et du ressentiment antijaponais – il a eu la chance et le malheur, selon le point de vue que l’on adopte, de passer une bonne partie de son enfance au Japon, ce qui a fait de lui illico, une fois revenu dans la mère patrie, un « batard de Jap » (je cite) tout juste bon à tabasser jusqu’à plus soif –, sciemment entretenus par un personnel politique local toujours attentif à manipuler cyniquement les foules chinoises au mieux de ses intérêts géopolitiques, Lau connaît et comprend, jusque dans sa chair, la notion de vie sous contrainte ; et par conséquent le prix que l’on peut attacher au fait de n’en pas subir, ou en tout cas le moins possible.

 

Les contraintes qui s’exercent aujourd’hui sur Hong Kong, l’endroit du monde qu’il avait finalement appris à chérir pour son ouverture et son esprit de tolérance, sont gravissimes, car elles sont toutes privatives de libertés. Et d’autant plus révoltantes qu’elles sont exercées, au mépris des propres engagements publiquement pris par Beijing en 1997 lors de la rétrocession du territoire hongkongais, par des autorités publiques qui devraient avoir précisément avoir à cœur de les empêcher.

Voilà le triste paysage. Beijing s’assoit sur sa parole. Poursuit. Emprisonne. Tue. Empêche les élus hongkongais de siéger (hormis ceux qui lui sont favorables, évidemment). Et le principe de gouvernement qui était censé protéger le territoire des dérives et tentations totalitaires un demi-siècle durant, « un pays, deux systèmes », s’avère une farce sinistre et sans fondement.

 

L’indignation lucide et douloureuse de Kwong-shing Lau est à la mesure de la gravité des faits. Totale. Enorme. Irrépressible. Je vous invite sincèrement à découvrir et apprécier son travail : graphiquement éblouissant, politiquement impeccable.

Et je laisse à Lau le mot de la fin, extrait de la préface à son livre : « (…) J’espère ainsi alerter les gens sur le sort de Hongkong et, au-delà, mettre en garde ceux qui pensent que chez eux la liberté et l’égalité sont des principes acquis, afin qu’ils demeurent vigilants et attentifs à l’évolution de leur propre environnement (…) La liberté ne s’acquiert pas sans lutte (…) »

Respect.

Aujourd’hui vendredi 5 novembre, je suis aussi allé présenter ce livre sur l’antenne de TV5 Monde à la mi-journée, en direct sur le plateau du Journal international. Merci à l’équipe pour leur invitation. C’est là :

https://information.tv5monde.com/video/hong-kong-cite-dechue-une-bande-dessinee-pour-raconter-le-combat-de-la-democratie