Et aussi dans l’actualité : Daniel Ceppi, Abdel de Bruxelles et Vladimir Grigorieff

  • Lady of Shalott, de Daniel Ceppi (éditions Le Lombard, 64 pages, 14,99€)

Daniel Ceppi n’est pas le volubile des auteurs, ni le plus prolifique, mais lorsqu’il prend la plume et le pinceau on est rarement déçu. Démonstration par l’exemple ici avec ce Lady of Shalott, qui prend en outre le parti de réunir dans une même histoire les principaux personnages de séries menées séparément auparavant : Stéphane Clément d’une part, alter ego historique de l’auteur qui signa son entrée en bande dessinée voilà exactement quarante ans (Le Guêpier, 1977), et d’autre part les flics de la B.E.R. (Brigade des enquêtes réservées, sorte d’équivalent helvétique du FBI) que Ceppi a mis en scène dans sa série beaucoup plus récente CH Confidentiel. Presque statique puisqu’il se déroule entièrement à Genève de nos jours, le récit fait s’entrechoquer une série de morts violentes étrangement mises en scène, dont on comprendra peu à peu qu’elles sont toutes évocatrices, de Francis Bacon à Egon Schiele en passant par Goya ou David, de tableaux célèbres de l’histoire de l’art. Ce n’est pas tant par la singularité de l’idée, déjà exploitée ailleurs (mais où l’originalité se niche-t-elle encore dans le registre de l’enquête policière ?), que s’impose ici le travail de Ceppi, mais plutôt par la rigueur de l’exécution, dont on comprend qu’aucune image n’est jamais superflue. Le dessinateur étant suisse, on préfèrera s’épargner la métaphore horlogère ou la référence à l’orfèvrerie – mais enfin c’est tout de même un peu l’idée : celle d’un travail d’écriture, autant narrative que graphique, conçu comme une mécanique de précision. Je ne suis pas certain en revanche, même si je saisis bien à quoi elle réfère (les grandes œuvres du patrimoine pictural occidental comme inspiratrices et motifs récurrents de l’action criminelle), que la couverture de l’album, libre transposition d’une célèbre toile de John William Waterhouse, soit un argument très performant pour attirer le lecteur. Mettons que le nom de Ceppi suffise.

  • Le Conflit israélo-palestinien, de Vladimir Grigorieff et Abdel de Bruxelles (éditions Le Lombard, La petite bédéthèque des savoirs, 104 pages, 10€)

J’ai déjà dit ici à quel point le travail éditorial entrepris avec « La petite bédéthèque des savoirs » me semblait digne d’éloges, pour l’apport que représente un travail documentaire de qualité adossé à la bande dessinée, avec la spécificité de ses outils narratifs et la puissance narrative que lui confère l’utilisation des images. S’il fallait encore s’en convaincre, voici un petit livre à mettre entre toutes les mains : relever la gageure de raconter en à peine plus d’une centaine de planches le conflit géopolitique le plus complexe, le plus ramifié et historiquement le plus chargé des soixante-dix dernières années – et entreprendre de rendre clair, autant que faire se peut, ce qui ne l’est a priori presque jamais lorsqu’on évoque le, ouvrez les guillemets, « conflit israélo-palestinien », fermez les guillemets. Impossible pari, soulignent paradoxalement en préambule les deux auteurs, Abdel de Bruxelles et Vladimir Grigorieff, surtout lorsque l’on s’efforce, comme ils l’ont fait, de retracer cette histoire de manière non partisane. De l’Empire ottoman au XIXe siècle jusqu’aux apparentes impasses de la situation actuelle, l’effort didactique est constant, soutenu par un parti-pris de clarté graphique qui distinguait déjà les précédentes productions d’Abdel de Bruxelles. L’Histoire est constamment au premier rang, bien sûr, tant les convulsions géopolitiques qui ont façonné cette région du monde depuis un siècle jouent un rôle clé dans le paysage du conflit tel qu’il s’est figé aujourd’hui. Enfin, figé, peut-être… Le parcours se conclut sur une note d’espoir, utopique sans doute – mais en la matière, ainsi que l’écrivent les auteurs à la fin du livre, comment raisonnablement se passer d’utopie ?

Nicolas Finet

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