Après-coup : Sonny Liew, l’expo qu’on m’a “empruntée” (mais on s’est bien gardé de vous en informer)

La maltraitance que me font subir les **** (je vous laisse le soin de remplacer les astérisques par les qualificatifs de votre choix, en sept lettres ça fonctionne assez bien) qui m’ont massacré voilà dix-huit mois (ceux qui me comprennent savent de quoi je parle) s’est poursuivie en janvier dernier : on a présenté au public une exposition Sonny Liew dont j’avais assuré des mois durant la conception, la préparation, le financement – et pourtant, ça alors !, mon nom a totalement disparu de son générique, malgré mes demandes explicites et réitérées adressées à son éditeur, co-producteur de fait de l’exposition, et surtout malgré le soutien explicite que m’a plusieurs fois réaffirmé l’auteur, bien embêté qu’on persiste ainsi à choisir de me maltraiter. Un injustice caractérisée – une de plus, mais enfin, chez ces **** (six lettres, ça marche aussi)… – qui, au moins à mes yeux, méritait bien qu’on y revienne. Alors on y revient. En détails. Rendons à César, etc.

 

Je me suis demandé s’il fallait partager ce texte avec vous. Pas parce que j’aurais du mal à assumer ce que j’écris (ou dit, ou fais), ça non, jamais, mais plutôt parce que j’ai d’abord pensé à vous qui me lisez (c’est ce qu’on fait quand on écrit) : est-ce que ça pouvait vous intéresser, ce que je m’apprête à vous raconter là, puisqu’on part plutôt de l’idée que ce dont je vous entretiens régulièrement sur ce blog, c’est de l’actualité éditoriale de la bande dessinée, et pas de mes petites affaires ?

Et puis je me suis dit que lorsqu’on écrit, c’est aussi (et parfois surtout) pour soi. Pour la satisfaction d’exprimer les choses au plus près, au plus juste. Que le sentiment, précisément, de l’injustice dont je suis victime depuis maintenant dix-huit mois est tellement violent qu’il faut bien que ça sorte, tout ça. Que c’est un soulagement de pouvoir l’exposer. Rétablir la vérité des faits. Et que la (très) bonne bande dessinée n’est pas absente de cette histoire, finalement.

 

Alors exposons, creusons.

C’est le camarade Sera, le premier, qui il y a longtemps m’a mis sur la piste de Sonny Liew, à l’époque où celui-ci signait sa série Malinky Robot – j’ai l’honnêteté de citer mes sources, pas comme les autres **** (neuf lettres), là, mais enfin l’honnêteté, que voulez-vous qu’ils y entendent, cette **** (huit lettres) ? Donc j’entre en contact avec Sonny, on explore, on discute, je vous épargne les détails, et ça finit par se concrétiser par une visite collective à Angoulême en 2013. Sonny fait le voyage avec trois autres comparses de la bande dessinée singapourienne et cela se traduit par une petite conférence qui, exception faite de quelques aficionados, passe à peu près inaperçue – dommage. Fin du premier épisode.

Malgré ce début modeste, je reste sur le sujet Sonny, néanmoins, parce que je suis déjà persuadé qu’il est un auteur de qualité, et qui promet beaucoup. Et je constate que je ne me suis pas trompé lorsqu’un peu plus tard, en 2015, je vois surgir Charlie Chan Hock Chye, en v.o., aussitôt couronné dans son pays, excusez du peu, par l’équivalent local du Goncourt, qui à l’époque n’a encore jamais été attribué à un roman graphique. Bingo, le voilà, le grand auteur ! Dès le début 2016, je reprends contact et je commence à bâtir un projet d’expo en direct avec lui. C’est qu’entretemps j’ai pu m’assurer d’avoir davantage les mains libres, notamment sur ces bandes dessinées asiatiques qui me tiennent tant à cœur, étant devenu programmateur. Notez bien ceci, au passage. J’ai bien écrit « programmateur », une nuance à laquelle j’ai toujours tenu : le terme me paraît bien plus conforme à la vérité de la fonction et puis je sais tellement que « directeur artistique », c’est pour ceux qui se la pètent. Bref.

En programmateur donc, je m’active, j’explore, je cherche (là encore je vous passe les détails) et hop, me voilà à Singapour en mai 2016 dans l’atelier de Sonny, à faire en concertation avec lui un premier choix d’œuvres à exposer et construire ce qui dans mon esprit s’annonce comme un projet formidable, un peu comparable avec ce que j’avais construit l’année précédente avec le Hongkongais Li Chi Tak.

Il y a pas loin de 80 œuvres dans mon pré-choix. Je suis enthousiaste. De nombreux extraits de Charlie Chan bien sûr, mais aussi un panorama, ample sinon complet, du travail de Sonny : Malinky Robot, Doctor Fate (l’une des séries qu’il a réalisées pour DC), The Shadow Hero réalisé en équipe avec Gene Luen Yang l’auteur d’American Born Chinese, quelques aperçus de Warm Nights Deathless Days, le petit recueil de strips qu’il a fait paraître sur la vie et l’œuvre de l’artiste peintre singapourienne Georgette Chen, un rappel de sa participation à l’anthologie Liquid City et même une poignée d’images issues de son travail sur une série plus mineure, Frankie & Poo. Je vous en donne quelques images, ci-dessous : des snapshots de travail pris dans l’atelier de Sonny, avec lui, dans cette phase préparatoire.

Et comme je fais rarement les choses à moitié, je mouille même la chemine pour trouver un co-financement à ce projet d’expo, en allant voir sur place l’équivalent local du CNL, le National Art Council. Il faut croire que je suis convaincant, car en août 2016, alors que je suis de retour à Singapour pour peaufiner le projet d’expo, je parviens à obtenir auprès de cet organisme public singapourien une bourse de $9500 (aux alentours de 6000€ à l’époque, pas de quoi produire toute une expo, mais tout de même de quoi abonder substantiellement la facture finale), et pour Sonny la promesse, de la part du conseiller culturel de l’Ambassade de France sur place à l’époque, le très sympathique Alexandre (il se reconnaitra), de prise en charge d’un aller-retour en avion.

Bon, j’arrête là l’énumération, parce que tous ces efforts vont s’évaporer, ou presque. Fin octobre, patatras. Parce que j’ai exprimé en interne de très vives et très radicales protestations d’ordre éthique sur les pratiques professionnelles… allez, disons-le comme ça, pour le moins « troublantes » de certains membres de cette équipe (ceux qui me comprennent savent de quoi je parle, bis, et puis qui sait, peut-être qu’un jour, parce que les exigences morales sont quand même dans l’air du temps, ces choses-là finiront par sortir, non ?), je suis salement viré par ce **** (vingt et une lettres). Et tout ce que j’ai entrepris part à la benne du même mouvement. Exit Sonny Liew et le reste. Fin du deuxième épisode.

 

L’affaire aurait pu en rester là. Mais non. Fin d’année 2017, quelques semaines avant Noël, j’apprends, tiens donc, qu’une exposition Sonny Liew est annoncée par ceux-là mêmes, **** (quatorze lettres), qui ont choisi de m’écrabouiller un peu plus d’un an auparavant. Et, tels que je connais ces **** (sept lettres), je doute d’emblée qu’ils aient la décence de me créditer de mon travail ; non, correction : je sais d’emblée qu’ils voudront zapper mon nom.

Ce qui ne m’empêche pas, néanmoins, d’entreprendre une démarche en ce sens. Mon idée est simple, honnête, modeste : obtenir qu’apparaisse publiquement dans les crédits de l’exposition la mention « Sur une idée originale de Nicolas Finet ». C’est tout. Pas plus, pas moins. Ça s’appelle : être crédité de son travail. Et si je m’engage dans cette démarche, c’est que je sais une chose : Sonny Liew lui-même, informé depuis le début de ce qu’on m’a fait subir, non seulement m’a assuré de sa sympathie, mais me garantit qu’il soutiendra explicitement ma demande.

Mais puisque je ne vais tout de même pas, pour ce faire, solliciter les **** (treize lettres) qui m’ont si vilainement débarqué – on a sa fierté –, je décide donc de me tourner vers le co-producteur de l’exposition : l’éditeur de Sonny. Et ça tombe bien, voyez-vous, puisque ledit éditeur de Sonny, Fr… Francis, appelons-le Francis, m’a personnellement sollicité plusieurs mois auparavant, en janvier 2017, pour aller défendre Charlie Chan dans les locaux de Courrier international, pour un live Facebook auquel j’accepte bien volontiers de me prêter, cornaqué par l’attachée de presse de la maison. Je vous le ré-écris, pour que vous soyez sûrs : c’est l’éditeur qui me sollicite, de sa propre initiative, et pas le contraire. Je vous copie ci-dessous un post de Sonny publié à cette occasion. À l’époque, je viens de faire paraître sur ce blog une chronique dithyrambique sur Charlie Chan (https://nicolasfinet.net/cher-sonny/), alors j’accepte, bien sûr. Une demi-journée de mon temps pour Sonny et Charlie Chan, l’un et l’autre me paraissent amplement le mériter. Et c’est un service que je rends gratuitement, cela va de soi.

Dans le monde dans lequel je vis, c’est ainsi que les choses se passent, et a fortiori entre professionnels qui gravitons dans et autour de l’édition. Une certaine conception des relations confraternelles. On s’épaule, on se rend des services. Et il n’est pas question de demander une rétribution, puisqu’on sait bien que le moment venu, tel ou tel de vos interlocuteurs à qui vous avez rendu tel ou tel service aura la correction, voire l’élégance, de vous renvoyer l’ascenseur. De régler sa dette.

Enfin, c’est comme ça que je pensais que ça devait se passer, moi qui ai la faiblesse de continuer à croire, à mon âge (c’est l’un des inconvénients de la naïveté : on n’en guérit jamais), que pour l’essentiel je suis environné de gens qui sont câblés pour la droiture et la correction.

Grossière erreur.

Francis fait le mort lorsque je lui demande expressément d’intervenir auprès des autres **** (douze lettres). J’insiste. Francis re-fait le mort. Alors je ré-insiste, même si moralement ça me met un peu dans l’embarras pour lui, de ré-insister, parce que dans le monde dont je parle, le mien, normalement on n’a pas besoin de rappeler qu’il y a une dette, pendante. Se mettre dans la situation de se faire rappeler ce qu’on doit, c’est gênant, non ? It’s embarassing, comme disent nos voisins d’à côté. Enfin bon, tout ça s’appelle l’éducation.

Alors comme je ré-ré-insiste, en usant au passage de quelques arguments d’autorité dont je vois bien qu’ils lui mettent un peu les foies, à Francis… enfin, ça y est : Francis sort du bois. Mais comment ose-je ?! (mais son e-mail est un peu fébrile, quand même… ) Lui rappeler qu’il a envers moi une dette ? Quelque chose qui toucherait un peu à l’honneur du service rendu ? Francis s’offusque, me prend de haut, me fait la leçon (ce type- me fait la leçon, à moi ?), etc. Et ferme pour de bon la porte à toute forme d’échange ultérieur. Rideau.

Une attachée de presse des plus établies, directrice de la com’ d’une très grande maison suivez mon regard, qui a suivi (de près) tout le déroulé de l’histoire, me disait d’ailleurs récemment en aparté, un peu atterrée, lors du vernissage de l’expo d’un immense auteur néerlandais : « Mais enfin, qu’est-ce que ça peut leur faire de te reconnaître l’antériorité d’un travail qu’effectivement tu as fourni ? Ils mettent ton nom et puis voilà, c’est réparé. » C’est en effet un peu comme cela que je l’entendais. Mais il faut croire que non, hein, pour les **** dont on parle (onze lettres), ça ne s’arrête pas là. Se pourrait-il donc qu’il y eût autre chose en question ?

 

Evidemment, tout ceci n’a pas été beaucoup plus loin. Il m’a été impossible, comme je le subodorais depuis le début, d’obtenir que mon nom soit publiquement cité en ouverture des crédits de l’exposition. Et le gentil Sonny Liew lui-même, si bien attentionné qu’il soit à mon égard, n’a pas pu en obtenir davantage. On (c’est-à-dire ces ****, onze lettres) s’est contenté de le mener en bateau, en lui laissant d’abord croire qu’une citation était possible, puis, au dernier moment, en faisant volte-face, au motif que cela poserait problème pour des raisons juridiques (qui n’existent pas, bien entendu). Le juridisme forcené… Là aussi, il y aurait beaucoup à dire et à écrire, tiens, s’agissant de ces **** (neuf lettres). Ce sera pour une autre fois.

Au jour de l’ouverture de l’exposition, je me suis donc contenté d’une publication laconique, rappelant publiquement que c’était bien moi, oui, qui était l’initiateur (j’ai même écrit « l’inventeur », au sens que l’étymologie donne à ce mot : « Qui découvre un trésor ») de l’exposition Sonny Liew. Dont acte.

Je n’avais plus dès lors qu’à raconter, pour ce que cela vaut, dans quelles circonstances exactes cela s’était produit. Voilà qui est fait.

 

Alors qu’est-ce que ça dit au fond, tout ça ? A minima un acharnement à mon endroit, bien sûr – mais ça… Non, ce que ça dit en réalité, c’est une mentalité : s’attribuer le mérite des efforts d’autrui ; manœuvrer inlassablement pour apparaître au premier rang sur la photo, au mépris et au détriment du travail des autres ; ne pas avoir le sens de l’honneur ; s’asseoir sur la vérité des faits. Et je ne vous parle ni des postures avantageuses, ni de la prétention ahurissante qui servent de fond de sauce à tout ceci. Ceux qui me comprennent, etc.

 

Quant à la morale de cette histoire… Eh bien, c’est quand même en sept lettres que ça fonctionne le mieux.

Nicolas Finet

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